J’ai testé pour vous : travailler avec bébé à la maison

Et j’ai failli y laisser ma santé mentale.

Un post aujourd’hui pour vous raconter l’envers du décor du travail à la maison. Parce que je suis en plein dedans depuis quelques jours avec le Petit Prince malade, les nombreux jours fériés du mois de mai et la maîtresse de Little B une fois de plus absente hier.

Pour planter le décor pour les p’tits nouveaux, j’ai quitté un CDI il y a trois ans, pour suivre mon mari muté à Bordeaux, et je me suis installée en tant que journaliste indépendante. Je travaille depuis essentiellement à la maison et je partage mon temps entre reportages sur le terrain, prise de rendez-vous, interview et écriture à la maison. Je fais également de la radio, avec des heures d’antenne strictes.

Ce statut nous offre un confort de vie considérable, au sens où il me permet de moduler relativement facilement mon emploi du temps pour l’adapter à celui de la vie de famille. Cela nous a notamment sauvés la vie les deux premières années, lorsque Little B avait ses soucis de santé. Aucun employeur n’aurait accepté que je sois si souvent absente pour m’occuper de petit bonhomme.

Autre avantage, j’ai pu décider cette année de ne pas faire garder mes enfants les mercredis et de m’occuper d’eux, sans avoir de compte à rendre.

Ce système cependant rencontre des limites.

>> A force de moduler votre emploi du temps, certains finissent par croire qu’en réalité, vous ne travaillez pas. L’exemple le plus flagrant, c’est la relation que j’entretiens avec la directrice de la crèche des enfants. L’an dernier par exemple, j’ai dû passer l’essentiel de mon mardi à la maternité pour des examens en raison d’une suspicion de toxoplasmose pour le Petit Prince. Et j’ai enchaîné avec un mercredi, à l’hôpital pour la fibroscopie de Little B. Le jeudi matin, au réveil, petit bonhomme affichait un petit 38°. J’ai pris alors la décision de l’emmener dès 8h chez notre généraliste pour un contrôle avant de le déposer à la crèche en expliquant, qu’il avait une toute petite otite, que notre médecin ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’il soit en crèche et que j’avais un retard professionnel phénoménal. Il fallait donc que je travaille. La directrice finalement m’a rappelée une 1/2h plus tard pour que je vienne en urgence. Il avait 38°2. Il n’était pas suffisamment mal pour qu’on lui donne du Doliprane mais trop malade pour être gardé. Et puis, m’a-t-elle dit, « de toute façon, ce n’est pas grave, vous ne travaillez pas ». Je lui avais répondu qu’effectivement, à la maison, c’était magique, mon salaire tombait tout seul. Et j’avais tourné les talons.

Autre exemple hier, j’arrive à la crèche à 10h45 et j’explique que je sors de chez la pédiatre et que l’otite a dégénéré en bronchiolite avec asthme. J’ajoute que la pédiatre ne voit pas d’inconvénient à ce qu’il soit gardé en crèche cette semaine, que sur le plan professionnel j’ai des dossiers à rendre pour vendredi et que j’ai un retard fou puisque je n’ai déjà pas travaillé la semaine dernière parce que je l’ai gardé toute la semaine. La directrice a finalement concédé un « bon, d’accord », avant d’ajouter « mais on peut quand même vous appeler, n’est-ce pas ».

>> A force de moduler votre emploi du temps, vous accumulez de la fatigue et votre travail en pâti. Pour des raisons professionnelles, mon réveil sonne chaque matin à 5h30. Conséquence, une fois 22 heures passées, je ne suis plus capable de travailler efficacement et correctement. Sans parler du fait, qu’à force d’accumuler de toutes petites nuits de sommeil, en poussant jusqu’à minuit, je flirte dangereusement avec le burn-out. Je module donc mon emploi du temps de manière raisonnable.

Pourquoi alors ne pas travailler tout en gardant bébé ?

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J’ai testé pour vous en novembre dernier, et j’ai cru y laisser ma santé mentale. En tant qu’indépendante, j’ai dû reprendre le travail début octobre, mais le Petit Prince n’avait alors que deux mois et ne pouvait pas encore être accueilli en crèche. J’ai fait le forcing pour qu’il soit gardé dès début décembre, mais la directrice de la crèche et ma pédiatre souhaitaient initialement que je prolonge l’expérience jusqu’à début janvier.

Concrètement donc, le Petit Prince est depuis toujours un bébé très serein, très calme et très facile à gérer. Mais comme tout nourrisson, il demande de l’attention et il ne sait pas patienter pour attendre un biberon. Résultat, s’il avait faim à 11 heures, je l’installais dans son transat et je le berçais du pied tout en travaillant au son de ses hurlements, parce que je devais être à l’antenne pour 11h30 et qu’il m’était impossible de dire à mes auditeurs « désolée, vous n’aurez pas d’informations aujourd’hui, bébé a faim ». L’enfer.

A partir du mois de novembre, j’ai également dû reprendre le terrain. J’ai donc été contrainte d’emmener bébé partout avec moi. Niveau de crédibilité maximum ! Mes interlocuteurs, heureusement, ont tous été très compréhensifs, mais la situation ne pouvait pas s’éterniser. Et puis, du point de vue du Petit Prince, je lui demandais de s’adapter à mes contraintes, alors que cela aurait dû être l’inverse.

Quant aux tentatives de passer un coup de fil professionnel, c’est compliqué quand vous avez constamment en fond sonore un bébé qui râle, babille, active ses jouets musicaux, pleurs… La semaine dernière, lorsque j’ai visé mon seul créneau de calme, bébé m’a rendu l’intégralité de son goûter, alors que je tentais de décrocher une interview importante.

En termes d’efficacité, les journées avec bébé sont catastrophiques. Seule, je ne m’interromps pas vraiment pour manger le midi. Et je ne mange pas forcément à midi d’ailleurs. Je ne fais une pause qu’une fois que j’ai achevé la tâche en cours et je mange souvent sur le pouce, les restes de la veille au soir, sans forcément mettre la table ou faire de la vaisselle. Je repousse ensuite souvent mon assiette sur le côté et je prends 10 minutes avant de partir récupérer les enfants le soir, pour tout ranger. Cela m’évite de m’interrompre. Mais avec bébé, c’est une autre histoire. Parce qu’une couche pleine ou un biberon, cela n’attend pas que vous ayez achevé votre tâche ou suivi le fil de votre réflexion. Parce que vous ne pouvez pas laisser bébé toute la journée seul dans son parc ou son transat, il a besoin que vous interagissiez avec lui, pour jouer, lui parler, le câliner. Vous passez donc votre temps à vous interrompre et au final, vous n’avez pas vraiment la tête à votre travail mais vous n’êtes pas vraiment non plus intellectuellement disponible pour vos enfants. Et plus les journées passent et plus vous avez le sentiment d’être une mauvaise pro et une mauvaise mère.

Avec Little B, aujourd’hui âgé de trois ans et demi, les choses sont un peu plus simples parce qu’il est plus autonome. Je peux plus facilement le laisser jouer seul, le caler devant un dessin animé ou sur un atelier gommettes et dessins. Ceci dit, il faut néanmoins respecter ses horaires, faire un vrai repas, prendre le temps de mettre la table, et répondre 45 fois à sa question : « mais maman, pourquoi tu travailles heuuuu ? ».

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Bref, travailler avec bébé, j’ai testé et j’ai détesté. Le mélange des genres, c’est à mon sens une vraie fausse bonne idée. Je préfère sans aucun doute laisser mon fils en garde, quitte à réduire sa journée s’il n’est pas en forme. Mais cela me permet d’être durant quelques heures 100% à mon travail et de gérer à minima les urgences, pour ensuite être 100% disponible pour mes enfants.

Et vous ? Avez-vous déjà tenté de travailler avec bébé ? Ou aimeriez-vous le faire ?

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27 réflexions au sujet de « J’ai testé pour vous : travailler avec bébé à la maison »

  1. Je découvre ce blog très sympa et cet article qui me « parle » !!! Je viens tout juste de démarrer mon activité à la maison (consultante en gestion de carrière) et lorsque j’en parle autour de moi je suis surprise par des réponses : « Ah mais c’est super tu auras du temps pour toi » « Tu vas pouvoir te reposer quand tu veux » « Tu pourras élever ton fils »… Euh, non messieurs dames, c’est un vrai boulot pour de vrai ! Mon réveil sonnera tous les matins et même si je compte bien m’organiser pour l’emmener et chercher mon fils à l’école je ne suis pas mère au foyer …

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  2. Eh oui, beaucoup sont ceux qui pensent que je ne travaille pas parce que je suis en télétravail et que je m’occupe de mon petit bout de chou. C’est, au contraire, beaucoup plus dur pour nous !

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  3. Ta directrice de crèche a un sacré culot ! Elle devrait être la première à savoir que s’occuper d’un bébé est « un métier » et que, même quand on est la mère dudit enfant, c’est une occupation à temps complet. Alors en attendant que les journées fassent 48h, il est difficile de combiner maman ET travail sur les heures ouvrables 🙂
    Je suis comme toi, travailleuse indépendante, et j’avoue que la flexibilité de l’emploi du temps est un énorme plus pour faciliter l’organisation de la vie de famille. Mais je n’oublie pas non plus toutes les soirées passées à rattraper le boulot, quand d’autres s’octroient un petit tête à tête avec chéri…

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  4. Je comprends, en tant que traductrice, combien de fois on m’a dit « mais tu ne vas pas faire garder ta fille puisque tu travailles à la maison », alors je propose à ces gens d’emmener leur enfant au bureau pour voir s’ils pourront travailler… Oui être indépendant a l’avantage d’offrir de la flexibilité, mais on a quand même des délais à respecter et du travail à faire et si on ne peut pas le faire dans la journée pour x raison, ça se répercute souvent sur la nuit et à long terme, on peut frôler le burn-out…

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    1. Le burn-out, c’est sans doute le plus gros risque. Un salarié, même s’il a beaucoup d’autres contraintes, ne se pose pas la question d’empiéter sur ses nuits. En tant qu’indépendant, c’est tentant mais dangereux.

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  5. J’adore ton article et je le partage ! Un jours ils grandissent et c’est plus simple… Ils lisent leurs livres, jouent aux briques etc… Mais posent toujours la question : « Maman pourquoi tu travailles »? L’embêtant c’est de ce rentre compte que les autres ne comprennent pas que tu travailles… Et pour la vie privé que parfois on n’a pas d’heures et le travail rentre dans notre vie le week-end et à 10 heures du soir…

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    1. J’ai ici une chance, c’est que mon mari a également un travail très prenant, qui envahie les soirées et week-end. Il est donc super compréhensif et aidant, dans la mesure du possible. Mais ceci dit, cela ne règle pas tout. Merci pour le partage :-).

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  6. Ah il y aurait de quoi disserter un moment sur les « mythes autour du télétravail » (morceau choisi : trop de la chance tu peux regarder la télé toute la journée….euh ouais mais non) ! En télétravail aussi, j’ai gardé ma puce à la maison entre la fin du congé mat’ et son entrée à la crèche (soit pendant 4 mois) et là ça allait car j’arrivais à m’organiser autour des siestes qui étaient bien longues. Mais elle a grandi et elle dort beaucoup moins en journée, et comme elle…disons…dynamique, même une demi-journée de garde + tentative de télétravail = impression d’avoir fait le marathon de NY à reculons et à cloche pieds….

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  7. Ah.. l’envers du décors en effet! Pas facile de tout concilier, je suis bien d’accord! Et puis dur aussi d’être pris au sérieux par les écoles, crèches ou tout autre…! Merci pour cet article!!

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  8. Alors pas de bébé mais travailler à la maison et être indépendant d’une manière générale c’est compliqué et mal compris par beaucoup de personne. C’est un vrai luxe mais c’est aussi des journées à rallonge, les vacances où on a dû mal à pas regarder ses mails et faire quelques petits trucs. Après j’ai eu un petit avant goût avec un bébé chiot et c’était loin d’être évidant.Alors avec un bébé je n’imagine même pas…

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    1. C’est sur que c’est difficile de compartimenter et de ne pas laisser le privé et le pro s’envahir l’un, l’autre. Un p’tit chiot, c’est chouette aussi. En plus, il est franchement craquant 🙂 !

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  9. Ahlala j’aime ton article ! Tout comme toi je suis journaliste indépendante et j’ai testé contre mon gré travailler en gardant mon bébé. En effet depuis qu’il va à la crèche (depuis ses 3 mois) il est donc tout le temps malade ! Moi je travaille la plupart du temps de chez moi et va comprendre pourquoi les gens pensent du coup que je ne travaille pas ! J’ai bien expliqué que je travaillais en indépendante à ma crèche mais je suis toujours gênée quand il est un tout petit peu malade de le laisser là bas alors que je pourrais le garder avec moi. Oui MAIS c’est impossible de travailler avec lui à côté de moi ! Il n’a que 10 mois, demande une attention constante et commence à faire des bêtises dès que j’ai le dos tourné alors j’ai beaucoup de mal à tout concilier dans ces cas là et au final je lâche mon travail pour m’occuper de mon fils…Bref merci d’avoir partagé ton expérience je me retrouve très bien dans ton article !

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    1. Culpabilité, quand tu nous tiens ;-). Ici aussi, j’ai énormément de mal à dire non à la crèche et à le laisser dès qu’il est un peu malade. Et clairement, la crèche en joue. Mais idem, c’est impossible de bosser avec bébé. Petite victoire quand même, j’ai obtenu qu’il soit gardé cette semaine, mais je fais les aller-retour pour ses inhalations de ventoline.

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  10. Je suis totalement d’accord! Je n’ai pas de travail mais j’en cherche un activement, il faut donc passer pas mal de temps sur internet, au téléphone et sur le terrain. Cependant, je ne mets MiniNous chez la nounou que 2 jours par semaine pour me permettre de faire le plus gros (ménage, rdvs administratifs, courses etc…) le reste de la semaine je fais comme toi. un coup sur l’ordi un coup avec bébé, puis sur l’ordi et d’un coup bébé réclame alors j’y vais. Arrivée à la fin de la journée j’ai l’impression de n’avoir rien fait, d’avoir été nulle en tant que maman et de ne même pas avoir avancé dans mes recherches…

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  11. J’ai essayé de travailler avec ma fille à la maison et effectivement, ça a été terrible ! Je ne vais pas te répéter car mon quotidien ressemblait beaucoup au tien.
    Finalement, je me suis rapidement décidée à laisser ma fille chez sa nourrice pendant les heures « cruciales », celles où je travaillais le plus ou celles où j’étais la plus productive. Ca a tout changé : je suis plus disponible pendant les heures où elle est avec moi et j’ai du temps pour travailler !
    Je crois que travailler 100 % avec bébé, ce n’est ni bon pour l’enfant, ni bon pour le parent. Ca fait des demi-parents et des demi-professionnels.

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  12. Oh oui maman chérie à tenté plusieurs fois les jours ou j’étais malade ou ceux où on avait un pb de garde… Puisque tu peux télétravailler, pas de souci pour garder bébé !… Moi je trouve ça chouette ms visiblement c’est oasis vraiment le cas de maman xherie… Comme toi elle a l’air de considérer que ça le fait pas ms alors pas du tout comme situation… 😦

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    1. ça dépanne, mais ce n’est absolument pas jouable à long terme. Ceci dit, comme toi, Little B adore que je le garde et du coup, il ne comprend vraiment pas pourquoi il faut qu’il aille à l’école ;-). Des bisous.

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  13. J’aurais pu écrire cette article, comme tu le sais j’ai vécu des choses tout à fait similaire, être indépendant ce n’est pas de tout repos et non on ne glande pas à la maison comme pourraient le croire certains ! Merci pour cet article (je t’admire t’as le temps de bloguer moi j’ai du mal en ce moment…) A jeudi 🙂 ❤

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    1. Je trouve le temps de bloguer, mais pas d’aller chez le médecin pour soigner ma bronchite ;-). Je ne publie malheureusement pas autant que je le voudrais. Mais j’essaye de m’y tenir, parce que c’est ma petite bulle d’air quand le stress monte. J’espère que ta reprise n’est pas trop dure. Bon courage à toi 🙂 !

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