Sortir de l’enfer des repas

L’avantage des journées enfant malade, c’est qu’elles permettent de brancher en fond sonore l’émission « Les Maternelles », ce qui ne m’était pas arrivé depuis de nombreux mois. Et le hasard fait parfois bien les choses, parce que l’émission de ce matin avait pour thème : « Les repas ? Un cauchemar ! ». Je réalise alors que je ne vous ai jamais raconté comment nous sommes sortis ici de la spirale de l’enfer des repas.

Pour ceux arrivés récemment sur le blog, je plante le décor : Little B souffre d’un reflux pathologique, dû à une malformation – cas extrêmement rare – diagnostiquée à plus de 20 mois et entraînant des infections ORL chroniques, ainsi que des difficultés pour s’alimenter. Petit bonhomme pesait 7kg7 à 19 mois. Il a été opéré de l’estomac il y a un an et vit depuis normalement, sans traitement. A cela se sont ajoutés une intolérance aux PLV – désormais réglée – et de légers troubles de l’oralité. Et tout cela a engendré d’importants troubles alimentaires.

Il y a encore 18 mois, Little B ne mangeait que des purées lisses faites maison, rien qui ne soit orange, pas de jambon, quasiment pas de viande, aucun fruit, pratiquement aucun légume, pas de fromage. Et il y a encore un an, il se nourrissait exclusivement de riz ou coquillettes avec BEAUCOUP de beurre et de la sauce bourguignonne, des épinards, du poisson, des quenelles, des yaourts au chocolat et des compotes à boire. C’est TOUT !

Chaque repas était devenu un véritable enfer, petit déjeuner et goûter compris. Nous avons tout essayé pour le faire manger : le jeu, le chantage, le détournement d’attention avec un dessin animé, la colère, les punitions. L’homme et moi en étions venus à appréhender chaque passage à table. Les repas, qui duraient une heure en moyenne, se finissaient systématiquement dans les larmes, la colère et l’inquiétude.

Aujourd’hui, même si quelques repas sont encore difficiles, tout cela est derrière nous. Nous sommes sortis de la spirale de l’enfer des repas. Et voici ce qui nous a aidés :

>> Un professionnel de santé

Lorsqu’en avril 2013, nous avons trouvé une professionnelle de santé à notre écoute, qui a compris nos difficultés sans nous prendre pour des fous ou nous juger et qui nous a aidés à poser un diagnostic pour Little B, cela nous a changé la vie.

Elle nous a donné des clés pour lutter contre les troubles de l’oralité. Elle nous a aussi déculpabilisés, en nous disant par exemple que ce n’était pas grave si dans un premier temps petit bonhomme ne mangeait que des pâtes. On parlerait équilibre alimentaire plus tard. On a également fait un point clair sur l’état de santé de Little B.

>> Dépassionner les repas et lâcher prise

Cela peut paraître simple, écrit comme cela, mais c’est le plus difficile. Accepter qu’un enfant ne mange pas et que cela ne soit pas grave. Le fait d’être conseillé par un professionnel de santé nous a ici vraiment aidés. On a arrêté de jouer, de se fâcher… On a proposé les repas, demandé qu’il fasse l’effort de goûter et lâché prise si cela ne passait pas.

Concrètement, au début, je ne lui proposais que des choses qu’il aimait, pour qu’il retrouve le plaisir de venir à table et que les repas redeviennent des moments conviviaux. Les compotes et les épinards heureusement, nous permettaient d’éviter des problèmes de constipation. Et peu à peu, je suis passée à des assiettes compartimentées avec, côte à côte, des choses qu’il aimait et un repas identique au nôtre. Ensuite, je ne lui ai plus proposé qu’un repas identique au nôtre, avec une issue de secours au frigo, pour les choses que je savais vraiment difficiles à manger pour lui. Et désormais, il n’y a plus d’issue de secours et ce n’est pas grave si parfois, il ne mange pas. Je lui dis qu’il n’y a rien d’autre et il choisit.

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>> Manger ensemble

On fait l’effort désormais le soir et les week-ends de manger tous ensemble autour de la table, et tant pis si Little B est couché un peu plus tard. D’abord, cela permet de discuter et de passer un bon moment ensemble. Ensuite, ce moment de convivialité retrouvé lui permet désormais de tenter des expériences. Little B est curieux de savoir ce qu’il y a dans nos assiettes. Parfois, il se contente de connaître le nom des ingrédients. D’autres fois, il s’essaie à goûter de nouveaux aliments. C’est ainsi que le maïs et la tomate (sans la peau) ont fait un retour dans son alimentation. Il a tenté une fois, puis deux, puis dix !

>> Cuisiner avec lui

En grandissant, Little B s’intéresse de plus en plus à ce qui se prépare en cuisine et j’en profite pour l’impliquer. Hier soir, il m’a ainsi aidée à faire une tarte à la tomate, une fois les tomates épluchées. Manger quelque chose qu’il a préparé est pour lui un réel plaisir. Et puis, je crois que cela l’aide à décortiquer ce qu’il y a dans son assiette et ça le rassure.

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>> Cuisiner sans lui

Pour me faciliter la vie, parfois je triche et je planque les légumes et le jambon finement mixés dans des cakes ou tartes. Ce n’est pas très éducatif, je vous l’accorde. Mais ça facilite le quotidien. Et ça permet d’avoir un repas équilibré facile à manger pour lui.

>> Fonctionner par étape

Deux ans après l’opération réconciliation avec la nourriture, il y a encore des choses que Little B ne peut/veut pas manger et ce n’est pas grave. Je sais que cela contrarie l’école ou la crèche parfois, mais nous passons outre, l’essentiel est ailleurs. Chaque chose en son temps.

Il est par exemple encore incapable d’avaler une soupe faite maison, parce qu’un simple fil de poireau ou de haricot vert lui déclenche un haut le cœur. J’opte donc pour de la soupe industrielle parfaitement lisse.

J’épluche les tomates, parce que la peau ne passe pas. Je n’insiste pas pour les carottes. Je propose régulièrement et c’est tout. Il accepte maintenant d’en goûter une de temps en temps. C’est déjà beaucoup. En règle générale, j’évite les légumes croquants, parce que je sais que c’est encore difficile. Mais il y a par exemple en ce moment presque toujours un bol de radis sur table, pour qui veut. Je sais qu’un jour, il finira par me demander de tester.

>> Ne pas se battre pour les choses non essentielles

Quand Little B est fatigué, il lui arrive encore de manger certains soirs sur mes genoux avec un câlin. Notamment lorsque je lui propose un biberon de soupe. S’il a encore besoin d’un câlin, qu’importe ! On l’a aussi longtemps laissé manger avec les doigts, si ça pouvait le rassurer. Maintenant que tout va bien, on lui explique qu’il est en âge de manger avec une cuillère ou une fourchette. Et pour les repas un peu compliqué, on l’aide et on lui donne nous même à la cuillère.

>> Voilà. Ceci n’a pas valeur d’absolu ou de mode d’emploi évidemment. Il s’agit de notre expérience et je la partage en me disant que cela peut peut-être servir à d’autres. Je ré-insiste sur le fait de trouver un professionnel de santé à l’écoute, mais je crois que c’est primordial.

Ici, nous avions peur que Little B, qui avait cassé sa courbe de poids, soit sondé pour s’alimenter. On s’est battu pour l’éviter. Et je vous avoue que les discours de ma pédiatre à l’époque sur l’importance des 5 fruits et légumes par jour ne m’aidaient pas beaucoup. Entendre de notre gastro-pédiatre qu’il fallait d’abord le réconcilier avec le repas avant d’en venir à des questions d’équilibre alimentaire, même si c’est important, fut la clé pour nous aider à lâcher prise. Maintenant, chaque enfant et chaque histoire est différente, mais un professionnel qui écoute votre cas particulier et vous oriente est – je le pense – un atout précieux.

Édit : l’émission des Maternelles ce matin était vraiment très bien. Pour ceux que le sujet intéresse, je vous invite à aller voir le replay de ce mardi 12 mai.

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4 réflexions au sujet de « Sortir de l’enfer des repas »

  1. L’origine du trouble n’était pas la même que pour ton bonhomme mais nous avons traversé nous aussi une zone de turbulence sur le sujet qui m’a amenée à consulter une psy.
    En te lisant je réalise que nous en sommes sortis en empruntant les mêmes étapes que toi.
    Mine de rien les problèmes relatifs à l’alimentation son très déroutants pour un parent et rapidement anxiogènes. Pourtant moins on y met d’affectif et mieux cela se passe.
    On en rigolera quand ils auront 15 ans et nous pilleront le frigo comme les ados de mes collègues !

    Aimé par 1 personne

    1. C’est chouette que vous en soyez sorti également ! Bravo. C’est certain, on en rigolera plus tard, mais en attendant, que c’est dur certains jours de ne pas mettre d’affectif dans tout ça. Allez, haut les cœurs 🙂 !

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