Innocents

J’ai hésité longtemps à vous écrire ce papier. Parce que tellement de gens ont déjà dit, écrit, dessiné tellement de choses. Parce qu’en ce qui me concerne depuis hier, je ne trouve plus les mots. Il n’y a plus que des larmes.

J’ai regardé longtemps Little B jouer hier à faire des bouchons avec ses voitures, des rondes avec ses animaux. Je l’ai observé – longuement – dans sa bulle d’enfant. Et je me suis demandé comment lui dire…

10915192_10205618725049955_5228927176929507599_nComment lui dire que des hommes – des maris, des pères, des grands-pères, des amis – sont partis travailler ce matin mais qu’ils ne rentreront pas. Ils ne rentreront plus.

Comment lui dire qu’aujourd’hui en France – ce pays des droits de l’homme – on peut mourir pour ses idées ? Ses dessins.

Comment lui dire que le métier de journaliste – ce métier qui nous anime son père et moi depuis maintenant 10 ans – est dangereux ?

Mon cœur s’est serré en pensant à nos amis dans différentes rédactions parisiennes. Parce qu’il y a eu hier cette attaque à Charlie Hebdo, mais n’oublions pas les tirs au siège de Libération en novembre 2013, et les menaces d’un homme armé quelques jours plus tôt chez BFM TV. C’est une nouvelle journée noire pour la liberté de la presse, la liberté d’expression, les libertés individuelles.

En ce jour d’après, il reste ce goût amer. Cette envie de vomir cette violence, ces vies innocentes assassinées, ce monde qui ne tourne plus vraiment rond, nos enfants, qui grandissent coûte que coûte au milieu de ce chaos. Comment lui dire ? Comment leur dire ?

Hier, j’ai rêvé descendre dans la rue pour rejoindre ces milliers d’anonymes unis contre l’horreur. Mais ils auraient fallu pour cela emmener B et le petit prince. Il aurait fallu leur expliquer, leur dévoiler cette face (encore) cachée du monde. Faire éclater leur bulle d’enfant. Si seulement ils pouvaient rester figés ainsi à jamais. Innocents.

Publicités

6 réflexions au sujet de « Innocents »

  1. à ma rage de citoyenne d’un monde libre, s’ajoute la rage d’une mère….
    Moi, j’ai choisi de ne rien dire à ma fille, 5 ans… pour des raisons, à mon sens, évidentes… Mais l’école s’en est chargée… Une minute de silence, l’émotion des adultes, les explications des maîtresses, ca marque… Quand j’ai récupéré ma fille hier, elle a pleuré et m’a dit qu’elle aurait préféré que personne ne lui raconte cette triste histoire… elle a mis du temps à s’endormir… ne peut-on pas laisser nos enfants tranquilles, quelques temps encore loin de ces actes barbares?

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends parfaitement. A l’école de B, seuls les adultes ont observé la minute de silence hier et on les en remercie. Ils ont estimé que les enfants de maternelles étaient trop jeunes. Mais on a posé la question, parce que si besoin, on voulait pouvoir débriefer les choses avec B.

      J'aime

  2. A Martin, nous avons expliqué avant de l’emmener place du Capitole, que nous allions nous rassembler parce que de méchantes personnes avaient fait du mal à d’autres et que nous voulions, par notre présence dire que nous n’étions pas d’accord. Qu’a-t-il retenu ? Sans doute pas grand chose, nous informant au milieu de la foule (et à voix haute s’il vous plaît) avec un manque d’à propos désarmant « après il va y avoir un grand feu d’artifice, j’en suis sûr ». Ca aurait pu, nos confrères auraient sans doute apprécié le pied de nez…

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.