Cette violence ordinaire

Pour la première fois de ma vie, j’ai dit il y a quelques semaines à B qu’il a le droit de taper. Pour la première fois de ma vie, j’ai dit hier à B qu’il a eu raison de taper son petit copain. C’est terrible à dire. C’est terrible à écrire. Jamais je n’aurais cru en arriver là. Cela va à l’encontre de tous mes principes. Mais on connait tous cette célèbre phrase : « Avant, j’avais des principes… Maintenant, j’ai des enfants ». Little B a donc désormais le droit de taper.

Il y a quelques semaines, alors qu’on discutait tous les deux le soir, mon « petit-grand » de 3 ans m’a confié que deux petits garçons de la classe d’à côté l’avaient tapé. Je lui ai aussitôt demandé s’il leur avait dit d’arrêter – parce que B a longtemps eu du mal à dire non. Il m’a répondu oui, mais les enfants ont continué. Sur le coup, j’ai été ennuyée, parce que j’avais du mal à imaginer que des enfants de 3 ans puissent être violents. J’ai pensé que Little B s’était mal exprimé et qu’il ne s’agissait certainement que de chamailleries. Nous en avons quand même glissé un mot à la maîtresse. Mais sa seule réponse à nos interrogations fut : « oui, je sais ».

Deux jours plus tard, j’ai croisé au square le papa de l’un des deux enfants et son bambin, charmant au demeurant. Seulement mon B s’est mis à paniquer, à pleurer, à me supplier de rentrer à la maison… Je sais que ses réactions sont parfois excessives – ceci est dû à son passé médical – mais il avait manifestement peur et il ne s’agissait pas là seulement de chamailleries d’enfants.

Pour la première fois de ma vie, j’ai donc donné l’autorisation à B de taper. Plus précisément, je lui ai dit que si qui que ce soit le tape, il faut dire stop. Et si malgré cela, l’enfant continue, alors – et seulement dans ce cas-là – il a le droit de rendre les coups. Je lui ai aussi demandé d’en parler à la maitresse ou à nous, pour qu’un adulte puisse intervenir. Seulement que se passe-t-il quand les adultes sont défaillants ?

Hier, B est rentré en me disant qu’il avait encore une fois été tapé et qu’il s’était défendu. Pour la première fois de ma vie, je lui ai donc dit qu’il avait eu raison de taper. Ce matin, l’homme a exposé le cas à la maitresse. Elle lui a répondu que le petit camarade a des soucis de violences et qu’il s’en prend à un peu tout le monde dans la cour. Elle n’avait pas l’air plus embêté que cela… Elle nous a quand même dit qu’elle fera un peu plus attention à B. Quid des autres enfants molestés ?

En attendant, nous voilà donc obligés d’apprendre à notre fils de 3 ans à se défendre. Parce qu’il semblerait qu’en 2014, les cours d’école soient devenues des scènes de violence ordinaire.

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20 réflexions au sujet de « Cette violence ordinaire »

  1. Chez moi, c’est la cour de récré à la maison : la grande tape les autres :(.
    Chez nous, la règle d’or est « on ne tape pas, on se parle, la bouche, c’est fait pour ça », mais mon aînée a du mal à gérer ses émotions et à accepter de ne pas être la seule et l’unique.
    Et j’ai dû apprendre à ma deuxième, très douce, qui avait totalement intégré notre message de non violence, à s’imposer pour ne plus subir les diktats de sa soeur.
    Comme dit plus haut, par la voix, par l’attitude, par le regard, savoir dire non avec autant de force que ce que l’on ressent…
    Et ça marche!
    Ceci dit, c’est plus facile, puisque ça se passe chez moi, avec des enfants qui sont tous les miens. Mais cela m’a permis d’évoluer moi même : être gentil ne veut pas dire se laisser faire, on peut lever la voix, s’éloigner, hausser le sourcil… Autant de messages qui sont reçus 5 sur 5 par l’autre en face.
    Ceci dit, je trouve vraiment triste que les enfants soient ainsi laissés livrés à eux même pour gérer des relations et des émotions parfois très compliquées…

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  2. Je te rejoins la violence à l’école un point bien difficile mais étonnement vrai
    Je n’ai pas d’enfants mais jai deux adorables neveux.
    La maîtresse du plus grand (seul scolarise pour le moment) tape les enfants avec la règle des qu’elle juge que celui ci ne répond pas a sa vision d’un enfant de 5 ans (ne pas bouger une oreille ne pas rigoler ne pas parler…) elle passe aussi son temps a crier
    Mon neveu et 4 autres enfants sont traumatisés de l’école
    Et dans la cours si il y a problème entre deux comme ton petit peut avoir elle n’agissent pas
    Je me demande où va le système scolaire cela fait vraiment peur…
    Au delà fes enfants à problemes ou mal dans leur peau il y a surtout l’encadrement qu’ils ont et ce n’est os toujours la faute des parents les enseignants sont aussi là pour aider l’enfant a faire l’apprentissage de la vie dans de bonnes conditions
    Voilà le petit mot du soir 🙂
    (une lectrice assidue)

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  3. Et encore, heureusement ton petit garçon t’en a parlé, dis-toi que pour les enfants qui n’arrivent pas à en parler à leurs parents, ce genre de maîtresses ne prend même pas la peine de prévenir les parents du problème…

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  4. J’ai justement écrit un article sur mon blog il y a peu à ce sujet. Mon loulou de cinq ans et depuis presque deux ans victimes des autres car chez nous on lui a toujours appris à ne pas se battre/taper/embêter mais apparemment les autres parents n’ont pas les même principes et sont même plutôt fier que leurs progénitures sont des mini caïd en puissance. Bref, comme toi cette année j’ai dit à mon fils que dorénavant il avait le droit de pousser/retaper l’enfant qui s’en prenait à lui si ( et seulement si) la maîtresse n’intervenait pas d’elle même.
    On en était quand même venu à un stade ou avec mon homme on ne sait pas demandé si on allait pas opté pour l’école à la maison de peur que notre fils revienne un jour avec une dent en moins ou une oreille arraché ( oui parce qu’il est déjà revenu le visage couvert de griffures bien profonde alors bon…)

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    1. C’est quand même dramatique d’en arriver à envisager de déscolariser son enfant. Il y a manifestement une faille dans le système. Plein de courage pour ton loulou. J’espère pour lui que la situation s’arrangera.

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  5. C’est bien triste ce que tu décris là… Petit Chouquette n’a que 19 mois, et pourtant quand je suis arrivée à la crèche l’autre jour, il a mis une tape à un petit garçon (plus grand que lui). Ce n’était rien et c’était devant la mère du petit garçon qui semblait amusée et m’a dit « c’est la dure loi de la crèche ». C’était innocent de la part de mon fils je pense, qui ne voulait pas « faire mal » mais manifester une quelconque pulsion étrange qu’ils peuvent avoir à cet âge là. Et pourtant j’ai eu la boule au ventre.
    J’ai eu la boule au ventre parce qu’un jour nous sommes tombés sur un reportage, qui avait pour sujet les enfant harcelés. Je me suis toujours dit que si mon enfant était harcelé je pèterais les plombs… Mais en fait c’est tout aussi horrible d’être le parent de l’enfant « harceleur ». Parce que si tu as un minimum de principes et d’éducation tu remets forcément en question la façon dont tu as élevé ton enfant…
    J’ai donc envie de te dire que tu as eu raison de l’autoriser à taper pour se défendre, même si c’est triste d’en arriver là parce que la maitresse m’a tout l’air de baisser les bras…
    Bises à toute la famille

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    1. ça ne doit effectivement pas être plus simple d’être de l’autre côté. Je pense qu’ici, c’est vraiment un petit garçon qui ne sait pas s’exprimer autrement. Mais je ne peux pas laisser B prendre des coups… A la garderie, on nous dit qu’il faut qu’il se mette sous la protection des grandes sections. Pas simple tout ça… Des bises.

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  6. tu connais les soucis que nous avons avec l’école de Gremlins, je ne m’étalerais pas plus que ça. par contre, une info qui expliquera (sans excuser) la dimension « jungle » des cours de maternelle d’aujourd’hui : l’école n’a pas le droit de refuser un enfant quel que soit son comportement. Le processus est extrêmement compliqué pour ne faire « qu’encadrer » ces enfants et l’exclusion n’est que très rarement envisagée. Pour simple exemple, un enfant mordeur régulier (à sang) se verra d’abord mis sous surveillance pendant 1 mois avec convocation des parents. Ensuite, si il continue, une équipe éducative pourra être envisagée (enseignant + directeur + psy scolaire + autres personnes encadrantes si besoin), qui tentera de mettre en place une série de solutions pendant encore minimum 1 mois, sachant qu’il aura déjà fallut le même délai pour que la psy scolaire vienne voir l’enfant en classe (si elle a eu le temps…). Un bilan est fait, d’autres solutions envisagées et rebelotte, on part sur 1 mois ou plus. Pour peu que l’enseignant ait été remplacé plusieurs fois et n’ai donc fait remonté que lentement les soucis… on est déjà à la fin de l’année et c’est reparti l’année suivante… Ajoutons à cela le déni de certains parents qui ralentissent toute prise en charge…. « Il est encore petit vous savez, et puis, à la maison, il n’est pas si terrible… » ou pire « ba ouais, mon fils c’est pas une fiotte, les autres ont qu’à se défendre ! » C’est devenu tellement courant que cela n’étonne plus personne dans les écoles…
    Je suis moi même contre la violence et il y a peu je racontais à une amie psy que j’encourageais mon fils à refuser la violence. Sa réponse m’a soufflé : « tu fais la plus grosse erreur de ta vie. La société d’aujourd’hui, ce n’est pas bisounours and co, ne le laisse pas devenir enfant une victime, il le sera toute sa vie. Savoir répondre à une attaque n’est pas suffisant. Il faut qu’il soit suffisamment libre pour attaquer le premier s’il sent que c’est le meilleur moyen de se protéger. »
    Comme beaucoup d’entre vous, après réflexion, et face à l’extrême violence de sa classe, nous nous sommes assis sur nos beaux principes…

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    1. Merci pour cette information très intéressante. Je comprends mieux certaines choses désormais. Un couple avec qui nous avons récemment dîné nous a notamment dit que leur fils avait fait toute sa maternelle et presque tout son primaire avec un enfant étrangleur. Nous n’en sommes pas là. Mais il est certain que l’on revoit nos positions sur certaines choses.

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    2. C’est interssant la phrase de ton ami psy. J’imagine qu’elle parle « d’attaquer en premier » mais par le charisme, la posture, la confiance en soi ? Pas par des coups..
      Avec notre aîné, on etait â fond dans le pas taper et plutôt verbaliser avec l’autre, et effectivement â l’école c’était la victime. Ca n’est pas irréversible puiqu’il travaille sur lui et ca va mieux… Ses frères et Sœurs semblent plus confiant et ne se laissent pas attaqués sans toutefois donner des coups.

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      1. Effectivement, il ne s’agissait pas de l’encourager à foncer dans le tas et à taper sans réfléchir, mais de savoir s’imposer, physiquement si nécessaire, par la posture, l’utilisation du corps, des mains notamment, sans aller obligatoirement au contact. J’ai traduit (pour ce que ça vaut, je ne suis pas une professionnelle de l’enfance) que s’il voulait que les autres enfants lui fichent la paix, ils devait irradier la confiance en sa capacité à répondre par les coups si nécessaire et être suffisamment au clair avec ça pour que cela soit instinctif. Ma conclusion a été de le laisser plus souvent libre de ses choix d’interaction avec les autres enfants quand je suis présente, de moins lui demander d’avoir de l’empathie pour ses petits camarades, même si je lui explique après-coup en quoi certains actes peuvent être négatifs à terme dans ses relations sociales et que la violence gratuite reste interdite. Je le sens plus « facile » dans ses relations aujourd’hui. Pour cette raison ou parce qu’il a grandit ? Aucune idée 🙂

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  7. Sujet délicat … moi aussi j’ai peur de cela pour mon fils le jour où une instit m’a racontée qu’elle avait 2 jours d’ITT à cause d’un gamin de 4 ans qui l’avait tapé avec un livre … je suis tombée de ma chaise. Courage ! il faut en parler, c’est essentiel. Que dit le corps enseignant ? le psy de l’école ? le médecin de l’école ? Les autres parents ? dur d’avoir tous les points de vues … courage à toutes !

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    1. Je tombe de ma chaise également en lisant cela. On n’a vu que la maitresse pour l’instant mais elle n’a pas l’air plus concernée que cela. On dirait presque que le problème c’est B qui ne se défend pas. Je vais essayer de revoir le père de l’enfant et la directrice de l’école si besoin. Je ne veux pas trop en parler pour l’instant aux autres parents parce que je ne voudrais pas « stigmatiser » les enfants concernés tout de suite. ça pourrait les suivre toute leur scolarité.

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  8. Après lecture de ton article je suis assez choquée de ce qui peut se passer dès la 1ère année de maternelle. Dire que j’étais pressé de mettre bébé à la maternelle, vu qu’il est du début d’année il n’ira qu’à 3 ans et demi et je me dis que c’est pas plus mal finalement ! As tu essayé d’en discuter calmement avec les parents concernés ? S’ils sont intelligents ils comprendront bien que ce n’est pas normal que leur enfant tape d’autres enfants tous les jours et peut être que s’ils en discutent avec leur enfant il changera ?
    C’est incroyable que les adultes qui surveillent les enfants ne réagissent pas. De qui dépend l’école maternelle ?
    Bon courage à toi et à Little B.

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    1. Le papa a l’air intelligent et conscient du problème mais n’a pas l’air de savoir quoi faire pour le régler. Je l’ai entendu dire hier soir à la maman du 2ème enfant en souriant que leurs fils avaient l’amitié bagarreuse. Et j’ai cru malheureusement comprendre qu’il y avait déjà eu des soucis de violences avec l’aîné… Bref, je vais essayer d’en reparler gentiment au papa ce soir.

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  9. Et bien, pareil pour MisterBB 3 ans et demi (1ere année de maternelle)!
    Arriver à dire « et bien tu as le droit de taper » ça a été dur pour moi aussi…
    Tout comme toi, je lui ai expliqué qu’il fallait qu’il repousse l’enfant qui l’embête et lui dise d’arrêter et que si ça ne marchait pas alors bon, il peut taper…Mais, il n’aime pas ça (faire mal, taper) donc du coup, j’ai peur pour lui…
    Si on lui fait mal, je lui ai dit de prévenir la maîtresse ou un adulte mais je ne crois pas qu’il le fera…par peur?méfiance?pas compris?
    Le truc c’est que les adultes « responsables » s’en tapent parfois le coquillard voire pire « disent de ne pas rapporter » (quelle satané bêtise ce truc de « rapporter ») et du coup, les enfants se retrouvent sans plus d’aide…Pas évident de lâcher les enfants dans cette jungle, et comme toi, je trouve que ça fait tôt!!

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    1. Disons que cela n’a pas l’air de choquer la maitresse plus que ça. A croire qu’il est normal que des enfants se tapent dans une cours de récréation… On doit être de la vieille école !

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