Devenir mère #1

Cette semaine, je suis retenue loin d’ici pour m’occuper de Little B. Le blog continue sa vie cependant. Après un échange avec une lectrice, j’ai choisi de laisser la parole à des femmes qui font face ou qui ont fait face à des difficultés pour devenir mère. Vous allez découvrir trois histoires différentes. Trois histoires très touchantes. Quand la vie en décide autrement… Voici leurs maux et mots. Belle lecture !!

Aujourd’hui, Rose*, 29 ans :

Après 10 ans d’amour et un mariage, le projet bébé est devenu réalité. Pour nous avoir un enfant était bien plus qu’une suite logique à notre histoire… Nous y avons donc travaillé !!
Au bout d’un an et demi de tentatives infructueuses, j’ai pris rendez-vous chez le médecin, qui nous a prescrit un examen à réaliser chacun : une hystérosalpingographie pour moi et un spermogramme pour Monsieur. Les rendez-vous étaient pris, c’est Monsieur qui s’y collait en premier ! A ce moment-là nous étions confiants, nous pensions qu’il nous fallait juste un petit peu plus de temps que les autres….
Trois semaines plus tard, alors que Monsieur était en déplacement professionnel à 600 km de là, nous avons reçu un courrier, que j’ai ouvert, c’était les résultats du spermogramme de Monsieur. Il indiquait noir sur blanc « zéro spermatozoïde, azoospermie confirmée ». Le choc ! J’étais seule, Monsieur ne rentrait que le lendemain à minuit, je ne pouvais pas lui annoncer ça par téléphone ! J’ai attendu qu’il rentre.
J’ai détesté ce moment-là : annoncer à mon mari sa stérilité.
Clairement, nous avons tout de suite compris que l’épreuve allait être difficile. Tout espoir envolé, le deuil de l’enfant biologique a commencé tout de suite. Pour ma part j’ai accepté tout de suite l’épreuve, en fait au début c’était même un soulagement d’avoir mis le doigt sur le problème.
J’ai accepté de témoigner, alors j’assume de vous parler des difficultés que la stérilité engendre dans le couple.
Au début notre amour a été renforcé. Mais chacun vit l’épreuve de la stérilité différemment, chacun son propre rythme. Et parfois c’est difficile de se synchroniser. Sur l’annonce de la stérilité par exemple, moi j’ai voulu l’annoncer rapidement, j’avais besoin d’en parler, envie d’être entourée, et surtout envie que notre entourage cesse de me poser la question : « alors c’est pour quand ? ». Pour Monsieur cela a été différent, il aurait voulu avoir un petit peu plus de temps pour digérer cela, avant de l’annoncer. Si c’était à refaire, je pense que nous prendrions plus le temps…
Même si nous n’avions pas d’espoir d’avoir un enfant biologique, nous avons tout de même été jusqu’au bout des examens médicaux pour ne pas avoir de regrets. Sur une période de 6 mois, nous avons enchainé les rendez-vous, hystérosalpingographie, sérologies, deuxième spermogramme, bilans hormonaux, recherche génétique, échographie testiculaire, etc.
Nous avons profité de cette période de 6 mois pour faire chacun un cheminement vers une recherche de solution.
A notre problème deux solutions : l’adoption ou le don de sperme.
J’étais pour l’adoption et Monsieur pour le don de sperme !! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?? Le don de sperme était pour moi, il y a 1 an, inenvisageable. Car même si j’ai bien conscience que cela se fait par insémination, j’avais réellement l’impression que j’allais « tromper » mon mari. Je n’arrivais pas à m’ôter ça de la tête. Mais Monsieur était déterminé.
Alors nous avons joué sur les deux tableaux (mais chut !! je vous l’explique après!), car toutes ces démarches sont longues, et nous ne voulions pas perdre de temps. L’idée c’était : on avance, et on verra bien où cela nous mène.

Devenir mère 1

J’ai donc commencé des démarches au niveau de l’adoption. L’adoption représentait pour moi une bonne alternative. J’ai rencontré des gens formidables, j’ai découvert un monde où il existe une véritable entraide. Et je me suis aussi confrontée à la réalité : très peu d’enfants adoptables. (Je vous donne simplement deux chiffres : en 2013, dans le cadre d’une adoption internationale 1343 enfants sont arrivés en France, alors que 28000 couples étaient titulaires d’un agrément en vue d’une adoption). Aujourd’hui les délais d’attente sont de 5 à 7 ans. Il faut savoir aussi que les adoptions ont tendance à évoluer et à se tourner vers des enfants dit « à particularité » (soit handicapé). Je me souviens de la maman adoptive que j’ai rencontré qui m’a demandé de réfléchir aux enfants « à particularité ». Je lui ai donc réclamé la fameuse liste des particularités afin que je puisse réfléchir. Cette liste me fait froid dans le dos, j’ignorais l’existence de certaines pathologies, et je suis incapable de la lire jusqu’au bout sans pleurer !! Et même pour ces enfants dits « à particularité » les délais d’attente sont de 4 à 5 ans !
Nous avons tout de même fait une demande d’agrément, pour un enfant en bonne santé, et nous avons rencontré une assistante sociale et une psychologue afin qu’elles puissent procéder à leurs « investigations » !! A l’adoption il est fortement déconseillé d’être dans un parcours de PMA et adoption en même temps ! Alors nous n’avons pas dit toute la vérité ! Et parfois mis nos talents d’acteurs à l’épreuve ! Ce qui nous a valu quelques fous rires !!
Parallèlement nous arrivions au bout de nos examens médicaux, et l’heure était venue de prendre rendez-vous dans un CECOS, dans le but de bénéficier d’un don de sperme. Devant la détermination de mon mari, et la difficulté de l’adoption, j’ai réfléchi, je me suis remise en question. Nous avons pris le temps d’en discuter, et j’ai compris que si j’étais capable de renoncer à une grossesse, pour mon mari c’était différent. J’ai écouté son désir de me voir avec un bidon tout rond, d’assister aux échographies, à l’accouchement… Il m’a donné la force de passer au-dessus de mes aprioris, et je me suis lancée avec lui dans ce parcours d’aide médical à la procréation.
Nous nous sommes rendus au CECOS le plus proche de chez nous. Nous nous sommes sentis écoutés et entourés. Nous avons immédiatement été mis sur liste d’attente. Nous sommes sortis de ce rendez-vous en pleurant de soulagement, enfin nous avions la solution.
>> Ce qui me gêne aujourd’hui ? J’ai beaucoup de mal à m’investir dans une relation avec les tous petits. Je rejette tout ce qui concerne le monde des bébés, je contourne les rayons enfants.
>> Qu’est-ce qui me fais avancer ? La joie de vivre de mon mari qui est restée intacte. L’amour que je lui porte. Je pense aussi à toutes ces femmes qui sont passées par là avant moi. Elles me donnent la force et le courage d’avancer. Je me réfugie aussi dans le travail. Et je rêve du jour où notre bébé sera parmi nous…
>> Comment se projette-t-on en tant que futurs parents ? Ce genre d’expérience nous fait relativiser, nous avons juste envie de profiter de la vie, être heureux, aimer, éduquer, protéger, partager. Nous avons décidé de ne faire aucun tabou, aucun mystère, notre enfant saura d’où il vient…
>> Et la grossesse ? J’adorerai regarder « les maternelles » tous les matins, vomir tous les matins, prendre 15 kilos, m’abonner aux magazines de parents !! Je me vengerai sur les rayons enfants. J’achèterai les livres de Marcel Rufo. Et je surferai sur les blogs de mamans !
Où nous en sommes aujourd’hui ?
Concernant l’adoption, nous avons eu l’agrément, et pour l’instant nous n’irons pas plus loin. Je me dis que si un jour nous devions revenir sur ce parcours, nous aurons déjà gagné une année.
Concernant notre projet en PMA, la première insémination commencera tout prochainement. A notre parcours se rajoute une autre difficulté, celle de trouver un donneur ayant les mêmes origines que mon mari. En effet nous sommes à la recherche de spermatozoïdes à la peau mate et yeux amandes… Mais nous avons pris la décision d’accepter un donneur européen si nous n’avons pas d’autre option. Les émotions se bousculent entre excitation, angoisse, confiance et peur… Mais dans l’ensemble nous sommes confiants et avons hâte de commencer !! Et je peux dire avec certitude que cette épreuve fera de moi une meilleure mère…
Un grand merci à nos amis et familles qui nous soutiennent…
Un dernier mot pour toi cher donneur. J’ignore ce que l’avenir nous réserve, mais saches que pour nous, tes petites graines valent bien plus que de l’or…. Alors MERCI….

Édit : *Le prénom a été modifié dans un souci d’anonymat. J’ajoute un immense merci à toi, Rose*, de bien avoir voulu te confier en toutes sincérités.

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